Philippe Candeloro n’a pas été élu dès le premier tour. Le 27 juin 2026, il ne recueille que 32,81 % des suffrages, derrière la présidente sortante Gwenaëlle Noury (38,62 %). Il faut attendre un second tour pour voir la dynamique s’inverser. Il l’emporte finalement avec 51,35 % des voix contre 46,77 %.
Une victoire, certes, mais loin d’un plébiscite. Philippe Candeloro lui-même en convient. « J’aurais préféré passer au premier tour », confie-t-il à franceinfo.sport. Il reconnait qu’il reste « des personnes pas enthousiastes » à l’idée de le voir accéder à la présidence.
Cet aveu en dit long sur l’état de la Fédération française des sports de glace (FFSG). Depuis plusieurs années, sa gouvernance apparaît fragilisée. Après le départ de Nathalie Péchalat en 2022, puis le mandat écourté de Gwenaëlle Noury, la fédération connaît des turbulences. Un contexte qui témoigne de divisions internes désormais bien installées.
La démission qui confirme les tensions
Les premiers jours du mandat donnent rapidement corps à ces inquiétudes. Le 3 juillet, soit moins d’une semaine après l’élection, Djamel Cheikh annonce à l’AFP sa démission de son poste de directeur technique national. Nommé en novembre 2022, son mandat devait initialement courir jusqu’en octobre 2027.
Son explication reste concise mais sans ambiguïté : « les conditions ne sont pas réunies pour une collaboration fructueuse ». Sans détailler les raisons du désaccord, il ajoute : « C’est dommage, il y avait de belles perspectives pour les JO-2030. Mais je ne m’y retrouve plus et je préfère me retirer. »
Le départ aussi rapide d’un directeur technique national n’est jamais un signal anodin dans une fédération sportive. À trois ans et demi des JO 2030 dans les Alpes, la FFSG se trouve privée de son principal responsable. Et cela intervient au moment où la préparation olympique doit accélérer.
Un passé médiatique qui interroge
Philippe Candeloro arrive à la présidence avec une notoriété considérable. Cette dernière repose tant sur son parcours sportif que sur sa carrière de consultant sur France Tv aux côtés de Nelson Monfort. Mais cette exposition médiatique s’accompagne également d’un historique de polémiques.
Lors des JO de Sotchi en 2014, plusieurs commentaires du duo avaient conduit le CSA à adresser une mise en garde officielle à France TV. L’inquiétude principale reposait sur certaines interventions qui véhiculaient des stéréotypes sexistes.
Et cet épisode ne constitue pas un cas isolé. Pendant plusieurs années, de nombreux observateurs ont relevé des commentaires récurrents portant davantage sur le physique des patineuses que sur leurs performances sportives.
Interrogé à plusieurs reprises sur ces critiques, Candeloro n’a jamais réellement pris ses distances avec ce registre. Au contraire, il a expliqué que cette liberté de ton faisait partie de sa « signature ». Il est même allé jusqu’à affirmer que, sans elle, il n’aurait « plus rien à faire à la télévision ».
En 2024, il poursuit dans cette direction. il s’en prend publiquement au « wokisme » et au mouvement #MeToo, qu’il accuse de restreindre la liberté d’expression. Il affirme carrément qu’il serait devenu difficile d’être « hétéro » en France.
Pris isolément, chacun de ces épisodes pourrait être présenté comme une polémique ponctuelle. Mis bout à bout, ils dessinent toutefois une continuité dans le discours public de cet ancien athlète. Plus de dix ans après la mise en garde du CSA, les critiques n’ont pas conduit à une remise en question de sa communication. Pire, elles sont au contraire régulièrement revendiquées comme constitutives de son identité médiatique.
Cette continuité dépasse désormais le cadre télévisuel. En devenant président de fédération, Philippe Candeloro ne porte pas seulement un projet sportif. Il représente aussi une institution et ses valeurs auprès des athlètes, des licenciés et des partenaires. À l’heure où le sport français renforce ses engagements contre les discriminations et pour l’égalité, son profil devient un enjeu de gouvernance.
La question ne porte donc plus seulement sur ses déclarations passées, mais sur leur compatibilité avec les responsabilités d’un président de fédération.
Sa défense : la notoriété comme levier
Candeloro n’a jamais revendiqué un profil d’administrateur ou de technicien des instances sportives. Sa campagne repose au contraire sur son image publique et son expérience d’entrepreneur, qu’il présente comme des atouts pour attirer de nouveaux partenaires, développer les événements organisés par la fédération et renforcer ses ressources financières.
« Je pense avoir les moyens d’aller chercher des sponsors et des partenaires », expliquait-il avant le scrutin. Il reconnaît également que son principal défi sera de convaincre qu’il peut être perçu autrement que comme une personnalité médiatique.
Sur le dossier sensible du possible départ de plusieurs disciplines (short-track, bobsleigh, luge, skeleton ou encore curling) vers d’autres fédérations, il adopte une position pragmatique. Plutôt que de chercher à empêcher ces départs à tout prix, il affirme vouloir accompagner les disciplines concernées dans les meilleures conditions si leur décision est définitive.
Ce qui se joue désormais
Le mandat de Candeloro débute dans un contexte particulièrement délicat. Une élection serrée, des divisions qu’il reconnaît lui-même, la démission rapide du directeur technique national, l’incertitude autour de plusieurs disciplines et un passé médiatique régulièrement controversé composent un environnement déjà instable.
Sa présidence sera donc jugée moins sur sa popularité que sur sa capacité à restaurer la confiance au sein de la fédération, à stabiliser sa gouvernance et à incarner les exigences attendues d’un dirigeant sportif. Car au-delà de cette personnalité, c’est aussi la crédibilité de la FFSG qui est désormais en jeu.

