
Ils dominent le championnat américains depuis deux ans, incarnent l’espoir d’un renouveau historique et semblaient destinés à Milan 2026. Pourtant, la décision est désormais officielle : Alisa Efimova et Misha Mitrofanov ne pourront pas participer aux Jeux olympiques.
En cause, une politique migratoire hostile et paralysante sous l’administration Trump.
Retour sur l’histoire de l’ascension d’un duo stoppé pour une question de formalité administrative.
Un duo au sommet de la hiérarchie américaine
Doublement sacrés champions nationaux, membres clés de l’équipe victorieuse aux Championnats du monde par équipes, ils se sont imposés comme le premier couple des États-Unis.
Leur patinage, à la fois puissant et émotionnel, les plaçait parmi les prétendants sérieux au podium olympique. Pour une discipline où les États-Unis n’ont plus décroché de médaille depuis 1988, leur présence à Milan aurait représenté un tournant majeur.
Mais le verdict est tombé : Alisa Efimova n’est pas citoyenne américaine, et le délai légal pour obtenir la naturalisation n’a pas pu être réalisé à temps.
La Charte olympique stipule que pour représenter un pays aux Jeux, l’athlète doit posséder le passeport correspondant au moment de la sélection officielle contrairement aux Championnats du monde ou aux compétitions ISU.
Alisa Efimova, une carrière forgée par les transitions
À 26 ans, Alisa Efimova a évolué sous différentes nationalités au cours de sa carrière. Née en Finlande, elle commence en simple avant de s’installer en Russie à l’adolescence pour se consacrer au patinage en couple. Elle y acquiert une solide formation technique, avant de représenter l’Allemagne à partir de 2021.
Deux saisons plus tard, son duo allemand se sépare. Refusant de mettre un terme à sa carrière, Efimova repart une nouvelle fois à zéro. En 2023, elle rejoint les États-Unis, consciente que ce choix pourrait compromettre ses chances olympiques.
Misha Mitrofanov, Américain de naissance, héritier d’une histoire russe
Misha Mitrofanov, 28 ans, est né aux États-Unis, dans le Wisconsin, au sein d’une famille russe ayant émigré dans les années 1990.
Aux États-Unis, la famille se reconstruit par l’éducation : les parents reprennent leurs études, les grands-parents apprennent l’anglais pour s’intégrer.
Misha grandit ainsi dans une double culture, parle couramment russe et anglais, et développe très tôt un lien profond avec le patinage artistique, nourri par l’admiration familiale pour Rodnina–Zaïtsev et Gordeeva–Grinkov.
Un patinage inspiré par la grande école russe
D’ailleurs, leur programme libre 2025/26 est un hommage à Ekaterina Gordeeva et Sergei Grinkov. L’idée a reçu la bénédiction de Gordeeva elle-même, venue travailler avec eux sur la glace.
Gestuelle, regards, synchronisation : tout vise à recréer cette sensation de « patiner comme une seule personne ».
Une rencontre tardive, une évidence immédiate
Efimova et Mitrofanov se connaissaient de vue depuis plusieurs années, mais leur collaboration ne débute réellement qu’après les Championnats du monde 2023 à Saitama. Un message en russe sur les réseaux sociaux, un essai à Boston, et tout s’enchaîne.
Dès les premiers essais, l’évidence est là : compatibilité technique, vision commune, culture du patinage identique. Le troisième jour, ils exécutent déjà un triple twist.
Un mariage discret et un espoir jusqu’au bout
Au fil des mois, leur relation sportive devient personnelle. Efimova et Mitrofanov se marient. En 2024, Alisa obtient une carte verte et dépose une demande de naturalisation accélérée, soutenue par son statut d’athlète de haut niveau et son mariage avec un citoyen américain.
Malgré toutes les démarches engagées, la procédure n’aboutit pas à temps.
Un coup dur pour le patinage américain
L’absence d’Efimova et Mitrofanov aux Jeux olympiques constitue une perte sportive majeure pour les États-Unis. Dans une discipline dominée depuis des décennies par l’Europe et l’Asie, ils représentaient l’une des rares paires capables de rivaliser au plus haut niveau.
Pour autant, il n’est pas question de fin de parcours. Efimova et Mitrofanov restent pleinement engagés dans leur carrière : Championnats du monde, Grand Prix, compétitions ISU… leur avenir sportif demeure riche.
« Les Jeux sont un rêve, mais pas toute une vie », confiait récemment Alisa.
« Je choisirais encore Alisa, même en sachant que nous risquions de manquer les Jeux. » témoigne, quant à lui, Misha.