La patineuse kazakhe a décroché l’argent au Trophée NHK, sa première médaille en Grand Prix senior !

Sofya Samodelkina a vécu un début de saison 2025/26 mémorable. Lors de l’étape japonaise, elle ne s’est inclinée que face à la triple championne du monde Kaori Sakamoto.

Avec un total de 200,00 points, elle a signé sa meilleure performance en carrière senior, franchissant enfin la barre symbolique des 200 points.

Un été prometteur interrompu

La saison avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. En août, Sofya décrochait l’argent au Cranberry Cup Challenger avec trois records personnels, ne perdant que face à Isabeau Levito, vice-championne du monde.

Mais alors qu’elle travaillait sur le triple axel, un accident est venu compliquer la préparation. Elle s’est retrouvée avec une blessure au genou.

« Au début, je pensais qu’il fallait juste attendre que le gonflement diminue. Mais quand je suis retournée sur la glace, j’ai senti que le genou continuait à se tordre, même avec des mouvements très simples« , a-t-elle confié.

Sa participation au Memorial Denis Ten a dû être annulé. La charge d’entraînement a été immédiatement réduite pour préserver ses chances olympiques. Il a fallu presque un mois pour revenir à l’entraînement complet, ne laissant que quelques semaines avant le Grand Prix du Japon.

Le miracle d’Osaka

Malgré ces circonstances difficiles, Sofya est restée déterminée. Elle a signé le meilleur programme court de sa carrière internationale. Dans le programme libre, une erreur sur une cascade ne l’a pas empêchée de terminer avec assurance.

La concurrence à Osaka était pourtant relevée : Loena Hendricks (médaillée de bronze), Yu Yong, Wakaba Higuchi et bien sûr Sakamoto. Monter sur le podium dans ces conditions, après une blessure, prouve que Samodelkina a franchi un cap.

Rafael Arutyunyan, l’architecte de la renaissance

Derrière cette transformation spectaculaire se trouve Rafael Arutyunyan, désormais seul entraîneur officiel de Sofya.

« Il m’a donné une seconde vie dans le sport, m’a tendu la main et m’a montré qui je peux devenir« , a reconnu la patineuse.

Il y a un an, l’entraîneur déclarait pourtant qu’elle n’avait « pas été élevée comme une centenaire dans le sport » et se perdait sur la scène internationale. Désormais, il tient un discours bien différent.

« Je veux que tout le monde sache : Sofya ne vient pas en compétition pour faire de la figuration.« 

Arutyunyan ne se contente pas de travailler sur la technique.

« Il faut aussi travailler la technique, mais aussi le mental. Elle doit comprendre ce qu’elle vaut, sans arrogance mais avec confiance. Je veux qu’elle devienne une athlète qui se respecte« , explique-t-il.

Une révolution technique en cours

Le travail avec Arutyunyan a permis de corriger des problèmes techniques majeurs. Le lutz, qui lui valait régulièrement des pénalités pour mauvais carré, est désormais propre sur les quatre compétitions de la saison.

« Combien de larmes j’ai versées sur lui…« , raconte Sofya.

Cette cascade propre avec lutz et triple salchow en seconde mi-temps représente désormais près de 12 points. Les sous-rotations ont également presque disparu. Seul un bord peu clair persiste parfois sur le flip.

Les ambitions techniques sont, dorénavant, claires.

« Je veux un triple axel solide dans le programme court et un quadruple, probablement un Rittberger (loop), dans le programme libre« .

Si elle y parvient, elle serait la première femme à réussir officiellement ce saut en compétition senior.

L’explosion artistique

Au-delà de la technique, sur le plan artistique, la transformation est également spectaculaire. En un an, ses composantes sont passées de 89,47 points (Memorial Denis Ten – octobre 2024) à 97,15 points au Trophée NHK. Une progression qui la place au niveau du top 10 international.

Il est désormais évident que Samodelkina aime performer. À Osaka, à la fin du programme libre sur « Sunset Boulevard« , elle s’est même mise à chanter l’air, emportée par l’émotion.

L’étincelle retrouvée

« Pour la première fois ces dernières années, j’ai ressenti à nouveau cette étincelle. Quand tu te tiens sur le podium avec une médaille et que tu comprends que tu la mérites grâce à ton travail« , avait confié Sofya après le Cranberry Cup.

Formée en Russie, Sofya Samodelkina a passé le début de sa carrière dans un système qui ne lui a jamais vraiment donné confiance. Brimée, elle n’a jamais pu exprimer son plein potentiel.

Son déménagement au Kazakhstan et surtout sa collaboration avec Rafael Arutyunyan ont tout changé. Pour la première fois, elle bénéficie d’un coaching adapté à ses besoins, qui mise autant sur le mental que sur la technique.

Rédigé par

Delphine Toltsky

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J’aborde également les questions de genre ainsi que les dimensions politiques et géopolitiques du sport, pour proposer une réflexion critique sur le monde du patinage et, plus largement, sur l’univers du sport.
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