
« J’ai recommencé à rêver. »
Cette phrase résume à elle seule le tournant qu’a pris la vie de Gabriella Papadakis depuis qu’elle a quitté le patinage artistique de haut niveau. Championne olympique française de danse sur glace, figure emblématique de son sport pendant plus d’une décennie, Gabriella entame aujourd’hui une nouvelle étape : plus intime, plus libre, différente.
Quitter le haut niveau, recommencer à zéro
Fin 2024, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron ont officiellement annoncé la fin de leur collaboration. Peu après, Cizeron s’est associé à Laurence Fournier-Beaudry, tandis que Gabriella, elle, quittait ce milieu.
« Il y a un an, j’ai pris la décision de tout quitter et de recommencer à zéro. Je n’avais aucune idée de ce que l’avenir me réservait, ni de la direction que prendrait ma vie, et j’étais terrifiée. »
Comme beaucoup d’athlètes, Gabriella a grandi avec le rêve de l’or olympique. Pendant des années, chaque entraînement, chaque sacrifice, chaque douleur était orienté vers ce sommet précis… Atteindre l’absolu. Mais lorsque la médaille est enfin là, après l’explosion de joie, un autre sentiment peut surgir : plus silencieux, plus déroutant, plus insidieux… le vide.
Ce vertige, d’autres l’ont exprimé avant elle. La patineuse russe Anna Shcherbakova, championne olympique aux Jeux de Pékin en 2022, l’évoquait elle aussi après sa victoire : une fois l’objectif accompli, que faire ?
Pour Gabriella Papadakis, la période de l’entre-deux s’est avérée fragile, un état de transition « entre la vie que je savais ne plus être la mienne et une autre vie qui n’existait pas encore ».
Quitter le haut niveau, ce n’est pas seulement arrêter de concourir. C’est accepter de ne plus se définir par la performance, la médaille, la victoire ou le regard des autres.
Retomber amoureuse du monde
Ce qu’elle n’avait pas anticipé, c’est l’élan créatif et émotionnel qui allait suivre. Loin de disparaître, Gabriella s’est multipliée.
Elle raconte être retombée amoureuse du patinage artistique en le pratiquant autrement, en patinant différemment, avec une partenaire cette fois. En parallèle, elle a écrit des chansons, un livre entier, ouvert son cœur, aimé à nouveau. Sa vie semble s’être déplacée vers quelque chose de plus contemplatif, plus apaisé, nourri d’art et de plaisirs simples.
Ce chemin, elle l’a partagé sur les réseaux sociaux, dévoilant une femme en reconstruction, loin des podiums mais aussi plus proche que jamais d’elle-même.
Un livre pour se réapproprier son histoire
De cette traversée est né un livre.
Intitulé Pour ne pas disparaître, l’ouvrage paraîtra le 15 janvier 2026 et est déjà disponible en précommande. Gabriella y retrace son parcours, de la lumière du très haut niveau aux zones d’ombre qui l’accompagnent.
L’athlète évoque ce corps façonné par des années de répétition, de contraintes et d’exigence extrême. Elle y parle de liberté, celle que l’on cherche, que l’on perd, et qu’il faut apprendre à reconquérir.
Ce témoignage intime le cadre du sport. Il touche à l’identité, à la création et à cette forme de survie intérieure que représente le fait de continuer à se raconter, se créer, à se recreer et finalement à renaitre sans oublier.
La musique comme fil conducteur
Parallèlement à l’écriture, la musique a repris une place centrale dans sa vie. Gabriella a récemment annoncé qu’elle publierait une vidéo musicale chaque mercredi.
La musique, explique-t-elle, a toujours été là. D’abord au conservatoire de Clermont-Ferrand, où elle rêvait de violon. Puis une guitare achetée à 18 ans, par amour pour un Brésilien passionné de bossa nova. Plus tard, l’écriture de chansons, née d’une rencontre marquante et d’une nuit passée avec une fille qui lui a fait découvrir Billie Eilish.
Si ces personnes ne font plus partie de sa vie aujourd’hui, la musique, elle, est restée.
Une nouvelle liberté
Aujourd’hui, Gabriella Papadakis n’est plus seulement une championne olympique. Elle est autrice, musicienne, créatrice, femme en mouvement. Elle explore sans chercher à performer, crée sans viser la perfection, partage sans se cacher.
Cette après-carrière n’est pas une disparition, mais une métamorphose. Une preuve que l’on peut tous et toutes tout quitter sans se perdre.
Rédigé par
Delphine Toltsky
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Mon site est consacré au patinage artistique, mais il va bien au-delà de la simple performance sportive.
J’y explore aussi les réalités complexes qui entourent les athlètes de haut niveau : dopage, harcèlement, tca, santé mentale.
J’aborde également les questions de genre ainsi que les dimensions politiques et géopolitiques du sport, pour proposer une réflexion critique sur le monde du patinage et, plus largement, sur l’univers du sport.
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