Personne ne l’attendait vraiment. Et pourtant, Maria Zakharova a marqué les esprits lors des Championnats de Russie de patinage artistique !

Deux quads réussis, un programme mené à terme, et donc un exploit que personne d’autre n’a accompli ce jour-là.

À seulement 18 ans, la patineuse russe s’empare de la médaille de bronze, devançant des athlètes bien plus médiatisées et s’imposant aux yeux du grand public.

Un talent freiné par les blessures

Il y a cinq ans, Maria Zakharova incarnait l’avenir du patinage artistique russe chez les juniors. À 15 ans, elle maîtrisait le quadruple boucle piquée, parfois même en combinaison, et s’approchait dangereusement du podium aux Championnats de Russie 2022.

Son style la démarquait : un patinage mûr et artistique, conforme aux standards d’une féminité adulte, porté par une grande musicalité, capable aussi bien d’exprimer l’intensité d’un blues que le caractère flamboyant d’une Malagueña espagnole.

Avec son mètre soixante-cinq, bien au-dessus des standards du patinage artistique, elle imposait déjà présence et puissance sur la glace.

La voie vers l’élite senior paraissait toute tracée, jusqu’à ce que les blessures brisent cet élan.

Deux ans et demi loin des compétitions

La carrière de Zakharova s’est brutalement arrêtée à cause d’une fracture de stress sévère, accompagnée de complications graves. Pendant près de deux ans, elle a continué à patiner malgré la douleur, repoussant les examens médicaux jusqu’à l’inévitable.

L’opération qui a suivi a été lourde, avec un pronostic initial très pessimiste. Cette blessure, devenue presque structurelle dans le patinage artistique de très haut niveau, touche de manière récurrente les leaders de la scène russe, révélant les limites d’un système fondé sur l’intensité extrême et la précocité.

Comme si cela ne suffisait pas, une collision accidentelle à l’entraînement a encore retardé son retour. Une coupure profonde à la cuisse l’a privée d’une saison supplémentaire et l’a poussée à envisager sérieusement la retraite.

La pression remplacée par la valorisation

Si Maria Zakharova est aujourd’hui de retour au sommet, c’est aussi grâce à son entourage.

Sa mère et entraîneuse, Anna Tsareva, a elle-même traversé une période difficile. Après avoir quitté Khrustalny, elle a rejoint le CSKA aux côtés d’Elena Buyanova, trouvant enfin le soutien professionnel qui lui manquait.

Avec le recul, Tsareva reconnaît avoir profondément modifié sa philosophie d’entraînement. Fini les menaces permanentes et la pression psychologique excessive : place à la confiance, à l’accompagnement et à la valorisation des qualités de l’athlète.

Une évolution majeure quand on voit les méthodes utilisées sur Adeliya Petrosian.

Un retour technique impressionnant

Sportivement, le retour de Zakharova est surtout symbolique. Lors de la saison 2025/2026, elle devient la première patineuse adulte (de plus de 18 ans) à réussir deux quads en compétition cette année-là.

Son programme actuel affiche un contenu technique parmi les plus relevés du pays :

  • quadruple boucle piquée en solo et en combinaison,
  • séquence complexe avec triple flip et deux doubles Axel,
  • combinaison triple Lutz – triple boucle piquée en seconde partie,
  • difficulté maximale intégrée dès le programme court.

En termes de contenu, seules Adeliya Petrosian et Alisa Dvoeglazova la devancent. Alors, ce retour pourra-t-il s’inscrire dans la durée ?

Rédigé par

Delphine Toltsky

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Mon site est consacré au patinage artistique, mais il va bien au-delà de la simple performance sportive.
J’y explore aussi les réalités complexes qui entourent les athlètes de haut niveau : dopage, harcèlement, tca, santé mentale.
J’aborde également les questions de genre ainsi que les dimensions politiques et géopolitiques du sport, pour proposer une réflexion critique sur le monde du patinage et, plus largement, sur l’univers du sport.
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