Il y a six mois, le Japon disait au revoir à sa reine, Kaori Sakamoto. Aujourd’hui, Mao Shimada semble déjà prête à prendre la relève !

À seulement 17 ans, Mao vient de remporter son premier grand tournoi senior, la Kinoshita Group Cup, à Tokyo. Pour ses débuts dans la catégorie, la Japonaise a devancé les russes, Alexandra Trusova et Anna Frolova.

Shimada a notamment réussi un quadruple boucle piquée et un triple Axel dans son programme libre. Elle a obtenu 231,32 points, soit son meilleur score à ce jour. Mais cette victoire est loin d’être une surprise au regard de son parcours chez les juniors.

19 victoires internationales consécutives

Depuis octobre 2022, Mao Shimada n’a pas perdu une seule compétition internationale.

19 compétitions internationales, 19 victoires, parmi lesquelles quatre Championnats du monde juniors, quatre finales du Grand Prix junior, huit étapes du Grand Prix junior, les Jeux olympiques de la jeunesse et le trophée Triglav.

Au Japon aussi, Mao Shimada fait preuve d’une remarquable régularité. Depuis ses débuts aux Championnats du Japon, à seulement 13 ans, elle n’a jamais quitté le podium. Au cours des quatre dernières années, elle n’a connu que quatre défaites, pour deux médailles d’argent et deux de bronze. Malgré ces quelques revers, elle a déjà battu plusieurs des meilleures patineuses japonaises actuelles, comme Mone Chiba, Ami Nakai, Wakaba Higuchi ou Mai Mihara.

À 17 ans, Shimada aborde donc la catégorie senior avec un bagage technique déjà très solide. Mais elle arrive également avec une expérience importante de la pression et des attentes qui l’accompagnent depuis plusieurs années.

Un quad et un triple Axel

Mao Shimada travaille le quadruple boucle piquée depuis 2022. Elle maîtrise également le triple Axel, qu’elle intègre dans ses deux programmes. À Tokyo, elle est même devenue la première Japonaise à réussir un quadruple saut et un triple Axel dans la même compétition.

Son programme libre comprend également des combinaisons difficiles, comme un triple Lutz-triple boucle piquée ou un triple Salchow-triple boucle piquée-double Axel.

Pour ses débuts internationaux chez les seniors, à la Kinoshita Group Cup, elle a réussi à placer ses deux éléments les plus difficiles dans son programme libre. Après avoir parfaitement lancé son programme avec un triple Axel, elle a également réussi son quadruple boucle piquée.

« Dans le passé, je n’arrivais pas à réussir le triple Axel et le quadruple boucle piquée dans la même compétition. Réussir les deux dès le début de la saison me donne confiance pour la suite », expliquait-elle après sa victoire.

Son score de 231,32 points constitue une nouvelle référence personnelle. Mais Shimada évolue déjà régulièrement entre 215 et 220 points depuis plusieurs saisons, des scores qui lui permettent de se rapprocher du niveau des meilleures seniors.

Le quadruple boucle piquée, longtemps un doute

Le quadruple boucle piquée n’a pourtant pas toujours été une évidence pour Shimada. La Japonaise avait déjà réussi ce saut en sixième année d’école primaire, avant de continuer à le travailler à partir de sa première année de collège. Mais chez les juniors, elle expliquait ne réussir son quadruple que lorsqu’elle était en pleine forme.

« Si ma condition n’était pas à 100 %, je n’arrivais pas à le réussir. Et comme cela entraînait des déductions, il y avait beaucoup de fois où il était plus intéressant de faire d’autres éléments. Je me demandais si continuer comme ça ne finirait pas par provoquer des erreurs et des défaites. Il y a eu des moments où j’ai pensé à arrêter. »

Mais Shimada a finalement continué à travailler ce saut, qui est aujourd’hui devenu son élément préféré.

« Avant le retour des patineuses russes, personne d’autre ne faisait de quadruples, alors je considérais un peu ces sauts comme un bonus. Mais maintenant, ce n’est plus seulement un bonus : le sentiment que je dois absolument les réussir est devenu beaucoup plus fort. »

Une pression supplémentaire, mais aussi une source de motivation pour la jeune athlète.

Elle travaille désormais sur un autre objectif : le quadruple Lutz. Il lui manque encore plus d’une demi-rotation, mais elle veut continuer à progresser sur ce saut.

Trusova, une source de motivation

Pour son premier tournoi senior international, Shimada a rencontré une patineuse qu’elle admire depuis plusieurs années : Alexandra Trusova, surnommée la « Russian Rocket » ou « Quad Queen ». La Japonaise avait notamment été impressionnée par son quadruple Lutz, qu’elle n’avait encore jamais vu réaliser en vrai.

« Je n’avais jamais vu de quadruple Lutz féminin en vrai, et c’était le moment le plus impressionnant. Alexandra est une grande source de motivation. »

À Tokyo, les deux patineuses se sont retrouvées pour la première fois en compétition. Trusova a réussi son quadruple Lutz dans le programme libre et obtenu 221,06 points au total. Shimada est passée juste après elle et a finalement pris le dessus grâce à un programme plus complet, avec notamment un triple Axel et un quadruple boucle piquée.

Les deux patineuses avaient déjà pu se mesurer à l’entraînement. Shimada a notamment été impressionnée par la capacité de la Russe à conserver une grande qualité de saut malgré la fatigue.

« J’ai senti que la hauteur de ses sauts était complètement différente de la mienne. Lors de l’entraînement officiel du matin, le lendemain du programme court, elle réussissait ses quadruples même lorsqu’elle était fatiguée. Je me suis dit que c’était incroyable de pouvoir sauter comme ça quel que soit son état. »

Une patineuse qui a déjà connu la pression

La difficulté technique n’est pourtant pas le seul point fort de Shimada. La Japonaise est également connue pour sa régularité et sa capacité à rester dans un programme même lorsque tout ne se passe pas comme prévu.

Ses sauts sont hauts et amples, son patinage est fluide et elle est capable de conserver de la vitesse et de la qualité dans les enchaînements.

Elle a aussi déjà connu des situations difficiles. Lors des Championnats du monde juniors 2026, elle avait notamment de la fièvre entre son programme court et son programme libre, mais avait tout de même poursuivi la compétition.

La puberté a également été une étape importante. Il y a deux ans, Shimada a connu une poussée de croissance et une transformation physique. Elle a pourtant réussi à conserver son niveau technique et sa régularité.

C’est aujourd’hui l’une de ses principales forces : elle possède toujours la difficulté technique qui faisait sa réputation chez les juniors, mais elle a également réussi à s’adapter aux changements de son corps.

Chez les juniors, Shimada était devenue l’une des grandes favorites et devait répondre à de fortes attentes, avec l’obligation de gagner presque à chaque compétition. Cette saison, le contexte est différent : le retour des patineuses russes et son passage chez les seniors lui permettent de retrouver une position de challenger.

Le Japon attend beaucoup d’elle

Cette première saison senior s’accompagne forcément de nouvelles attentes. La presse japonaise la présente déjà comme une « jeune reine » et voit en elle une candidate potentielle aux Jeux olympiques de 2030.

Mais Shimada préfère rester concentrée sur ses propres performances.

« Que les patineurs artistiques russes soient présents ou non, le plus important pour moi est de réaliser ma meilleure performance », expliquait-elle avant la Kinoshita Group Cup.

Pour ses débuts seniors, elle a donc déjà obtenu ce qu’elle était venue chercher : une victoire, un nouveau record personnel et une première expérience face à plusieurs des patineuses qu’elle regardait auparavant à la télévision.

Rédigé par

Delphine Toltsky

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Mon site est consacré au patinage artistique, mais il va bien au-delà de la simple performance sportive.
J’y explore aussi les réalités complexes qui entourent les athlètes de haut niveau : dopage, harcèlement, tca, santé mentale.
J’aborde également les questions de genre ainsi que les dimensions politiques et géopolitiques du sport, pour proposer une réflexion critique sur le monde du patinage et, plus largement, sur l’univers du sport.
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